Du 4 juillet au 20 septembre, le Palais de Tokyo investit
l’Espace Niemeyer, dans le 19e arrondissement de Paris, pour
une exposition où les mots, chargés de poésie, de politique et
d’histoires, vont au-delà des formes.

Dans l’œuvre sensible et extrêmement prolifique de Babi Badalov, les mots
produisent des formes qui produisent du sens. S’y déploie une poésie
visuelle déclinée sur une diversité de supports – tissus, collages, dessins sur
documents administratifs – oscillant entre art brut, classicisme, baroque et
punk. Sa calligraphie obsessionnelle joue de la plasticité du langage à travers
des jeux de mots, des répétitions et des homophonies, mais aussi des
étirements de lettres penchant vers l’arabesque. Proche du graffiti, son art
reste marqué par l’ornement, révélant les filiations entre le dessin et l’écriture
qui existent dans la tradition musulmane, dont l’artiste est en partie issu.
Utilisant des matériaux de récupération, dans une esthétique de l’urgence,
son artisanat fait preuve d’une riche séduction malgré une pauvreté des
moyens.
A travers son prisme, des morceaux d’Histoire affleurent, de la chute de
l’URSS à la crise du Covid, de Joseph Beuys à Bakounine. Babi Badalov
a traversé cette histoire, depuis son Azerbaïdjan natal et au fil de ses
émigrations successives aux États-Unis, en Turquie, au Royaume-Uni puis en
France, où il accède au statut de réfugié politique en 2011 et à la nationalité
française en 2018. Là où la langue peut s’ériger en frontière, Babi Badalov
l’associe à l’image et la détourne pour la transformer en mode de relation.
DES SLOGANS POÉTIQUES QUI RÉSONNENT AVEC L’ESPRIT DES LIEUX
Pour Babi Badalov, les mots sont une manière d’être au monde. Ils évoquent
sa réalité et les questions politiques qui la traversent : l’hybridité culturelle,
les droits humains, la mondialisation, l’exil, l’identité, la liberté d’expression,
les conséquences du capitalisme. On sait combien la langue est un système
normatif. Chez Babi Badalov, cette norme dégénère, déraille et s’enfuit
librement dans toutes les directions. Cet affranchissement se fait au risque
du mystère, mais aussi de l’absurde et de l’idiotie qui est, on le sait, une autre
forme de la sagesse.
À l’Espace Niemeyer – siège du Parti Communiste Français, les slogans
poétiques de Babi Badalov, capables de faire advenir d’autres réalités,
résonnent particulièrement avec l’esprit des lieux. Un lieu historique, traversé
par de grands idéaux. Un lieu dans lequel des devises telles que
« Utopistes debout ! » ou « Rêve général ! » ont résonné. Réactualisant l’image
du slogan depuis sa voix à la fois minoritaire, hybride et ambivalente, il clame
et proclame une liberté qui en appelle à la sensibilité plus qu’à la raison. Babi
Badalov réactive le pouvoir des mots et leur capacité à résonner, rassembler,
dessiner d’autres possibles.
Curateur : Guillaume Désanges, assisté de Léna Kemiche
Un projet du Palais de Tokyo en collaboration avec l’Espace Niemeyer –
Siège du Parti communiste français, Libres comme l’art et la galerie Poggi.
Exposition en entrée libre du mardi au samedi de 12h à 19h sauf jours fériés.
Entrée par la PORTE C , avenue Mathurin Moreau
Crédit photo : Aurélien Mole













