
A l’occasion des 90 ans du Front Populaire, le Parti communiste français présente l’exposition des nouvelles photos de Pierre Jamet.
Du 5 Mai au 22 Mai. Du mardi au samedi de 12h à 19h.
Fermé les jours fériés
Espace Niemeyer – 6 avenue Mathurin Moreau. Paris 19ème – Métro Colonel Fabien
Fêter les 90 ans du Front populaire avec cette série lumineuse des photographies de Pierre Jamet.
Des images qui nous régalent de cette joie de garçons et de filles profitant pleinement de l’insouciance des vacances.
Une ode dynamique et positive à ce conquis social.
Quoi de mieux alors que les photographies solaires de cet artiste qui a su avec sensualité et gaieté attraper au vol ces moments de liesse, d’enthousiasme ?
Ils allaient au-devant de la vie.
« Le bonheur d’être jeune ». Dans l’Humanité du 16 mars 1935, Paul Vaillant-Couturier imaginait un « monde à l’endroit » aux antipodes de celui qui, au plus fort de la crise, désespérait la jeunesse. Le Front populaire commençait à peine à prendre forme.
Pour beaucoup, avoir 20 ans en 1936-1937 sera le plus bel âge de leur vie. Vive la vie, osera bientôt proclamer un documentaire de Jean Epstein où l’on croise plusieurs des compagnes et compagnons de Pierre Jamet. Joie de rire, de chanter, de lire, de découvrir, de partager, d’aimer… Joie de vivre dans la liberté de corps à l’épreuve ou au repos, d’une sensualité allègre et simple. La dynamique paradoxale des instantanés du photographe engagé fige les moments de bonheur pour écarter les mélancolies, les regards obliques, les jalousies et les disputes. Rien d’intemporel dans ces clichés pour qui scrute les brodequins, les maillots, les tentes, les bornes des routes, les fermes et les fermiers.
Qui s’interroge sur les circonstances de ces grandes évasions doit se garder de l’anachronisme des fausses évidences. L’apparente contemporanéité des photos découle de ce que nos yeux ont appris à voir et à apprécier depuis quatre-vingt-dix ans. Elle révèle une modernité qui, à l’époque, en a choqué plus d’un. Au vrai, les proches de Jamet sont peu représentatifs de la jeunesse populaire des années 1930. Leur dominante lycéenne et étudiante éclaire une disponibilité inscrite dans l’expérience des longues vacances scolaires.
Reste le contexte, celui de la montée, sur fond de crise économique et politique, d’une extrême droite qui fait craindre le pire. Face au danger, après quinze ans de divisions et de polémiques, le rapprochement de la gauche politique, syndicale et associative, enclenché en février 1934, débouche, début 1936, sur l’adoption d’un programme de Front populaire et la réunification syndicale. À l’issue du second tour des législatives, le 3 mai, l’efficacité des désistements donne une nette majorité d’élus au Front populaire. Le 4 juin, il revient à Léon Blum, chef de file du groupe socialiste, le plus important à la Chambre, de former le gouvernement.
À cette date, une nouvelle partie se joue sur la scène sociale. Rendus confiants par les élections, les travailleurs se mobilisent comme jamais. A compter de la mi-mai, un irrésistible mouvement social gagne le pays. En quelques semaines, le seuil de 12 000 grèves et 2 millions de grévistes est franchi. Après des années d’inflexibilité patronale, le rapport de forces s’inverse. À l’exception des services publics, l’explosion emporte l’ensemble du salariat. Inhabituelle, l’occupation des locaux affole les employeurs. Il faut en finir et se résoudre à négocier. Le 7 juin, à l’hôtel de Matignon, les représentants du patronat et de la CGT s’accordent, dans la nuit, sur de substantielles hausses de salaires, de 7 à 15%, l’établissement de conventions collectives, l’élection de délégués ouvriers.
Quelques jours auparavant, le 5, Blum a déclaré à la radio son intention de généraliser les conventions collectives, d’instaurer la semaine de 40 heures sans diminution de salaire et les congés payés. Les deux dernières mesures ne figuraient pas dans le programme du Front populaire, mais ont surgi sur les cahiers de revendications. Déposés le 9, les projets sont votés à des majorités écrasantes. Le texte, très court, sur les congés payés – 15 jours, dont 13 ouvrables – l’est par 563 voix contre 1 à la Chambre. Après sa promulgation, le 20, une circulaire en précise les conditions d’application dès l’été 1936. Le 30 juillet, Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État « aux Sports et à l’Organisation des loisirs » annonce ainsi la vente de billets ferroviaires de congés annuels à tarifs réduits.
La réduction hebdomadaire et annuelle de la durée du travail ouvre au plus grand nombre des perspectives inédites de loisirs. Les témoignages abondent de joie mêlée d’incrédulité. S’agissant des vacances, le spectacle de trains bondés en partance vers des plages envahies de « congés payés » ne doit pas faire illusion. En 1936, le temps libéré est souvent consacré au bricolage et au jardinage. Si le vélo permet de s’éloigner du quartier, son usage n’autorise guère de trajet supérieur à 50 kilomètres… Le camping, balbutiant, suscite plus de méfiance que d’enthousiasme, hormis chez les jeunes qu’une socialisation lycéenne a préparés à la découverte d’autres horizons. Où l’on retrouve Pierre Jamet et ses camarades.
Michel Pigenet
Historien dont les travaux portent sur l’histoire du travail et des mouvements sociaux
PIERRE JAMET – UN PHOTOGRAPHE HUMANISTE
(1910-2000)
Au début des années trente, autodidacte consciencieux, c’est à l’aide des livres que Pierre Jamet apprend la technique photographique.
Dans la décennie d’avant-guerre, la vie du jeune homme est bien remplie : chanteur dans la chorale de l’A.E.A.R.(Association des Ecrivains et de Artiste Révolutionnaires), danseur, directeur d’une colonie de vacances à Belle-Île en Mer, radio de bord dans la marine marchande.
Entre 1937 et 1939, il participe activement au mouvement des auberges de la jeunesse qui connaît sous le Front populaire, un essor important.
De ses photographies se dégage une incontestable et contagieuse joie de vivre.
Proche de Robert Doisneau et de Willy Ronis, il occupe une place particulière dans la photographie humaniste, exprimant le bonheur des étés au bord de la mer, l’enthousiasme de la jeunesse sous le Front populaire.
La clarté de l’espoir des années d’avant-guerre.




